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Si le texte qui suit ces quelques mots d'accueil
Capte ton attention, si tu y poses l'oeil,
Laisse alors librement folâtrer ta souris
A droite de l'écran  dans les catégories.
Tu y rencontreras l'amitié, la tendresse,
Des paroles de paix et des mots qui agressent,
Des rires et des pleurs, du réel et du rêve,
Pour te donner l'envie de visites moins brèves.


PORTRAITS CROISES

Avant que tu exprimes, en vagissant bien fort
Ton profond désaccord
De quitter la moiteur du ventre maternel,
Déjà la vie t’appelle,
Et ton destin t’attend, si le hasard te gâte,
Dans un cocon de ouate,
Ou si sur ton berceau les fées étaient absentes,
Dans une humble soupente.

Faut faire avec, faut faire avec, faut faire avec…

Avant que tu enfiles ta première chemise,
Déjà la table est mise
Et tu n’as pas le choix, on a fait ton menu
Bien avant ta venue ;
Restaurant étoilé ou gargote banale,
Faïence ou Arcopal,
Fourchettes en inox ou couverts en argent,
C’est caviar ou hareng.

Faut faire avec, faut faire avec, faut faire avec…

Et puis tu deviendras ignare ou érudit
Parce que, comme on dit,
La formation dépend du milieu sélectif,
Socio-éducatif,
Et tu seras énarque, huissier ou pharmacien,
Si les choses vont bien,
A moins que par malchance on ne fasse de toi
Qu’un demandeur d’emploi.

Faut faire avec, faut faire avec, faut faire avec…

Tu épouseras vite, béni par l’Archevêque,
Un gros carnet de chèques,
Ou si tu ne peux pas suivre le protocole,
Tu vivras à la colle.
Mais quand pour le nanti comme pour le chômeur
Sonne la dernière heure,
Sur les corps allongés sous deux mètres de terre,
Grouillent les mêmes vers

**************************

UNE PETITE FILLE

Elle connaît son père à travers ce qu’en dit
Sa mère qui en parle, quand les choses vont mal,
Comme d’un « moins que rien », à tout jamais maudit,
Un être répugnant, insensible, amoral,
Qui buvait son salaire dans les cafés en ville,
Avec d’ignobles filles et de mauvais copains,
Tandis qu’à la maison, dans un silence hostile,
On soupait d’un hareng et d’un croûton de pain.
Elle avait quelques mois quand il a disparu,
Par un soir de décembre, un peu avant Noël,
Il a mis sa casquette, est sorti dans la rue
Et n’a jamais depuis donné de ses nouvelles.

Pour répondre aux questions des petites copines,
Elle s’est inventé un père à ses mesures,
Et depuis des années en rêve elle peaufine
Les traits d’un homme bon au regard clair et pur.
« Mon père est militaire, même il est général
D’une armée composée de milliers de soldats,
Il défend le pays quand on lui veut du mal,
Des plus braves que lui, il n’en existe pas.
Il a un uniforme et des décorations,
Une casquette bleue avec de l’or dessus,
Il m’emmène avec lui en toutes occasions,
Le monde nous admire et les gens nous saluent »

Mais ce père créé par la petite fille
N’est qu’un pâle fantôme, un rêve, une illusion,
Elle lui donne vie et grâce à elle il brille
L’espace d’un moment puis redevient fiction.
Il n’est pas là le soir pour dire des histoires,
N’est pas là pour chanter avec elle des comptines,
Ni pour la rassurer quand elle a peur du noir
Et sécher tendrement ses larmes de gamine.
Elle aurait tant aimé marcher dans la forêt
En lui tenant la main, en suivant bien son pas,
Et lui dire à l’oreille, comme on dit un secret,
De sa petite voix « je t’aime, mon papa »

*****************************

LE FRANÇAIS MOYEN

Il est parti de presque rien,
Et presque rien c’est pas grand chose,
Sa vie c’est pas la vie en rose
Mais c’est pas non plus un’vie d’chien.
Il a eu des hauts et des bas,
Des jours avec et des jours sans,
Des nuits d’cafard et du bon temps,
Des coups gagnants et des faux-pas

Il s’appell’ Benoît ou Mathieu
Dupont, Durand, Chose ou Machin,
Y en a des pir’ y en a des mieux,
C’est seul’ment un Français moyen

Il a mis sur sa tête un toit,
Il a une petite auto,
Un petit chien, un p’tit boulot,
Le rest’ lui fait ni chaud ni froid.
Pourtant il a plutôt bon fond
Et pour vaincre les maladies
Tous les ans il donn’ lui aussi
Quelques euros au Téléton

REFRAIN

Il drague un peu tous les sam’dis,
Sans trouver celle qu’il convoite,
Y’a qu’au ciné que dans les boîtes
On tomb’ sur la femm’ de sa vie.
Dimanch’ sur le coup de midi,
Après l’tiercé et l’apéro
Il s’offre un bon petit resto
Et ça y est, c’est déjà lundi

REFRAIN


Tout seul il a creusé son trou,
Ni grand ni p’tit, à ses mesures,
Il est à l’abri des coups durs
Mais il a tué ses rêves fous.
Il n’est pas plus bête qu’un autre,
Pas plus intelligent non plus,
Il pass’ plutôt inaperçu,
Et c’est pour ça qu’il est des nôtres



Il s’appell’ Benoît ou Mathieu
Dupont, Durand, Chose ou Machin,
Y en a des pir’ y en a des mieux,
C’est seul’ment un Français moyen








Publié dans : Textes pour Chansons-PORTRAIT- - Communauté : La poésie qui chante - Voir les 42 commentaires - Recommander
Vendredi 13 juin 2008
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