SUICIDONS NOUS !
Elle (E), très BCBG et très exaltée est debout sur le devant de la scène. Elle déclame ses répliques avec emphase, façon tragédie antique. Lui (L), en tablier de cuisine, est assis de ¾, dos au public. Contrairement à elle, il est très calme et parle sur le ton de la conversation courante.
E. Enfin l’heure est venue des amours éternelles,
Une étrange émotion quelque part m’interpelle,
Et pour garder en nous le souvenir profond
De nos nuits de passion qui font rougir mon front,
Mourons z’Ô mon amour, la mort est une fête,
La mort est communion…
L. (il se tourne, il tient un grand couteau)
Oh, ça va pas la tête ?
Moi j’ai envie de vivre encore un tout p’tit peu
Et je ne suis pas prêt à entrer dans ton jeu.
Tu peux si ça te plaît jouer les trépassés,
Mais trépasse sans moi, moi je suis pas pressé.
E. Pourtant vous me jurâtes, l’avez-vous oublié,
Qu’avant qu’il soit minuit vous nous suicideriez,
Qu’ensemble nous irions, pour un dernier voyage,
Saluer le Bon Dieu assis sur son nuage,
Et ce sombre couteau que vous vous procurâtes,
Je crus que c’était pour …
L. éplucher les patates !
Qui qui va s’occuper de mon biftèque-frites ?
C’est pas des choses, ça, qu’on fait à la va-vite.
Faut peler avec soin, presque amoureusement,
Comme me l’a appris ma pauvre vieill’ maman
E. L’amour n’est donc pour vous qu’un court moment de joie
Entre pomme-purée et gratin dauphinois ?
Je déchire mon âme, je fouille en mon égo,
Et je m’adresse à qui ? un inculte Ostrogoth
Que rien ne peut toucher et dont l’humeur ingrate
Ne se peut émouvoir …
L. Faut qu’ j’épluch’ mes patates !
Tu me la joues mélo, je ne suis pas ton psy,
C’est pas ma faute à moi si t’es un peu zarbi,
Et quand tu dis qu’il faut que je nous assassine,
J’imprim’ pas, j’le crois pas, c’est pas vrai, j’hallucine.
E. Par ce serment trahi vous vous faites parjure,
Et vos propos grossiers me sont autant d’injures.
C ‘est bon, je me retire au-dedans de ma bulle,
J’assume ma douleur et vous... vos tubercules.
L. C’est pas des tubercules, c’est des bonnes Charlotte,
Celles qu’accrochent pas au fond de la cocotte.
E. Ô Tristan et Iseut, Roméo et Juliette,
Que les temps ont changé, ils sont morts les poètes !
Je plongerai donc seule cette lame en mon cœur …
L. Cette lam’ comm’ tu dis, peut mêm’ pas couper l’ beurre !
E. …et j’attendrai confiante, à l’heure de ma mort
Votre dernier baiser …
L. Et mes patat’ alors !

publié dans :
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commentaires (2)
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Jeudi 31 janvier 2008
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