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LES  MOTS  CREUX

J’en connais qui n’ont rien à dire,
Pourtant ils le disent si bien
Que personne ne pourrait dire
Que vraiment ils ne disent rien.
Les mots jaillissent de leur bouche
En un dégoulinant bagout,
Et leurs airs de Sainte Nitouche
M’inspirent un profond dégoût

Je ne veux pas, Messieurs, entrer dans votre jeu,
Me boucher les oreilles et me fermer les yeux,
Votre navrant discours est stéréotypé,
Vos cartes sont truquées et vos dés sont pipés,


Ils sont hommes de politique,
De finance ou je ne sais quoi,
Et ils ont le verbe magique
Et le ton, à défaut de foi.
Dispensant la bonne parole,
Ils jurent en levant la main,
Coiffés d’une sainte auréole,
Que chanteront les lendemains,
Qu’enfin c’est le bout du tunnel
Et qu’on va sortir de l’ornière,
Messieurs, prêtez-moi vos jumelles,
Dans les miennes, pas de lumière.
Je vois du gris, je vois du noir,
Des hommes au bout du rouleau,
Couchés à même le trottoir
Ou sur des bancs, dans le métro.

Je ne veux pas, Messieurs, entrer dans votre jeu,
Me boucher les oreilles et me fermer les yeux,
Votre navrant discours est stéréotypé,
Vos cartes sont truquées et vos dés sont pipés,
 

Il faudrait accepter son sort,
Puisque votre discours nous dit :
Promis juré, après la mort,
Nous irons tous au paradis.
Bêlons en cœur dans le troupeau,
Sous la houlette protectrice
De ceux qui savent que leurs mots
Ne sont que placébos complices.

Je ne veux pas, Messieurs, entrer dans votre jeu,
Me boucher les oreilles et me fermer les yeux
Votre navrant discours est stéréotypé,
Vos cartes sont truquées et vos dés sont pipés,


J’en connais qui ne croient en rien,
Rejetés par la Société,
Ils errent de rues en chemins,
On a volé leur dignité.
Oui, j’en sais qui n’ont rien à faire,
Dont on peut attendre le pire :
Un jour ils voudront faire taire
Ceux qui vraiment n’ont rien à dire.


*******************************************************

LES  MOTS  QUI  RIMENT

Ce matin je me suis offert
Un gros manuel de rimes
Du dernier millésime
Et battant aussitôt le fer,
J’ai mis en vers une chanson
Sur un air de musette
Que m’avait mis en tête
Le gazouillis de mon pinson.
Ca se présentait plutôt bien,
Les paroles rimaient :
Jamais et mois de mai,
Jour et amour, bien et vaurien

Mais tous ces mots qui riment
Ne sont que frime
Quand ils n’expriment
Que des sentiments plats
Et sans éclat,
Du bla bla bla.


Je trouvais ternes mes sonnets ;
Comment parler d’amour
Après Charles Aznavour,
Chanter la mer après Trénet,
La montagne quand vient l’automne
Mieux que le fait Ferrat,
Et mieux que Barbara
Cet aigle noir que j’affectionne ?
Qui pourrait mettre en ritournelle
L’homme et la société,
La femme et l’amitié
Mieux que Ferré, Brassens ou Brel ?

Car tous ces mots qui riment
Ne sont que frime
Quand ils n’expriment
Que des sentiments plats
Et sans éclat,
Du bla bla bla.


Et j’en oublie, et j’en oublie,
Maître illustrissimes
Et auteurs anonymes
Que sans me lasser je relis,
Des poètes de tous les âges,
Troubadours et trouvères,
Aragon et Prévert,
Qui m’ont laissé en héritage
Le goût de la phrase bien faite.
C’est sans doute pourquoi
Il m’arrive parfois
D’oser ces rimes imparfaites.


*************************************************

LA  PUISSANCE  DU  VERBE

On me dit que les mots dont je fais grand usage
Pour tenter quelquefois d’exprimer des idées,
Ne sont qu’inconvenant et fastidieux verbiage
Qui lasse les oreilles à la fin excédées.

On me dit que mieux vaut, plutôt que de parler,
D’écrire ou de chanter des refrains décevants,
Accepter le destin à tout jamais scellé
Puisque les mots s’envolent comme feuilles au vent

Faut-il, devant le joug qui fait ployer l’échine
De l’homme qu’asservit le pouvoir de l’argent,
Garder la bouche close et faire bonne mine
En feignant d’ignorer ce monde d’indigents ?

On me dit qu’aujourd’hui danser la Carmagnole
Ne serait que rumeurs et gesticulations,
Et que nul n’entend plus les puissantes paroles
Des tribuns qui poussaient tout un peuple à l’action.

Si la révolution armée n’est plus de mise,
Sur un autre terrain la bataille se joue :
Pour desserrer enfin l’intolérable emprise,
Je prétends que les mots peuvent porter des coups.

Ils semblent inutiles, puérils ou anodins,
Mais sont porteurs d’idées qui lentement mûrissent,
Qui enflent, prennent corps et se fraient un chemin
Jusque dans les consciences  qui tout-à-coup frémissent

Et peu à peu les mots que beaucoup croyaient vains,
Sans but et sans portée, inconsistants et pâles,
Pénètrent les esprits car ils sont le levain
D’une autre humanité et d’un autre idéal.

publié dans : Textes pour Chansons -SOCIETE- communauté : Les mots dans tous leurs états commentaires (19)    recommander
Dimanche 13 avril 2008
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Commentaires

NADIIIIINE !

J'essaie en vain de cliquer sur ton "site web".
La réponse est toujours : Ce blog n'existe pas.
Que faire ?

Robert
commentaire n° : 1 posté par : Robert le: 22/04/2008 11:00:27
Je ne suis pas certaine que le temps estompe les maux, mais les mots libérent les maux....
merci.
commentaire n° : 2 posté par : sopreca (site web) le: 19/04/2008 23:25:52
Ton dernier texte rejoint finalement assez celui que j'ai écrit sur la liberté de la presse car si l'on y réfléchit,si ce ne sont que des mots,comment se fait-il que l'on cherche parfois à les étouffer?
Les mots ne s'envolent pas,ils restent gravés et si c'est justement ce qui fait leur force.
commentaire n° : 3 posté par : Constance (site web) le: 19/04/2008 10:45:31
J'adhère mon cher ami, mon semblable, à de si justes propos... Et si les hommes qui ont le moins à dire, se démultiplient sur la toile ce n'est que pour accroître le vide sidéral de notre société commerçante!
Mais le poète se doit de demeurer à la juste hauteur du fanal de son art, qui éclaire mais ne succombe pas, qui ouvre la porte et ne s'enferme pas...
Liberté du mot, émotions de l'âme, puissance des rimes...
La justice lui sera faite un jour au crépuscules des fâts et des vaniteux!

Amitié
commentaire n° : 4 posté par : runner (site web) le: 18/04/2008 19:45:11
BRAVO !
commentaire n° : 5 posté par : Bruno.M (site web) le: 17/04/2008 13:10:18
du soir! je ne vois pas ce que tu veux dire par "lard blanc?" mais c'est de la poitrine fumé.
commentaire n° : 6 posté par : mamybell (site web) le: 16/04/2008 22:43:12
Le pain lève et même en prison je continuerai à le pétrir !!! LOL!!
commentaire n° : 7 posté par : vasy07 (site web) le: 16/04/2008 20:14:47
c'est si difficile l'écriture! enfin ce qui est difficile, c'est de savoir où vont tes mots, s'ils ont vraiment touché quelqu'un , si ça sert à quelque chose de se décarcasser quand tu vois tant de gens qui vendent de la merde sans aucun scrupule, de se dire que soi aussi peut-être qu'on en écrit et qu'on ne le sait pas!! Comment savoir? en ce moment tu as vu, je suis en grève! Je n'ai plus envie d'écrire quoi que ce soit! J'ai peur que ce blog ne soit qu'une illusion, une boîte à mensonges, à mots perdus...Dans ton dernier poème tu parles de mots utiles, prononcés par des gens qui savent manier des idées et les faire passer, mais même ceux là, qui les écoute? Il y en a tant et tant qui préfèrent la langue de bois de ton premier poème§ je pense que notre société est malade de mots comme elle est malade d'images!! Nous ne savons plus je pense vers qui nous tourner parce que nous ne croyons plus en rienEn tous les cas, tes mots ne sont plus du blabla! continue tant que tu en auras la force!
bises
commentaire n° : 8 posté par : Azalaïs (site web) le: 16/04/2008 20:06:25
Trois très jolis poèmes, mais mon préféré est ton troisième sur la puissance du verbe avec la grande force du dernier vers, "les mots commme levain d'une autre humanité et d'un autre idéal"
Merci aussi pour ton comm d'hier qui m'a sincèrement fait très plaisir ;-)
commentaire n° : 9 posté par : pandora (site web) le: 16/04/2008 19:16:21
Surtout, ne ploie pas sous le joug de la désolation, de la suffisance des cons, de l'intolérance des absurdes, et tutti quanti... Tes mots nous enchantent, nous ravissent, nous bercent, nous tiennent en vie, et oui, et oui...
commentaire n° : 10 posté par : domi (site web) le: 16/04/2008 17:27:39
bravo! trois poèmes en même temps...Oui,beaucoup de mots creux,hélas,mais ce n'est pas une raison pour se taire,l'important est d'être sincère, de parler avec son coeur,avec ou sans rime...merci !
commentaire n° : 11 posté par : gazou (site web) le: 16/04/2008 16:29:02
Bonjour Robert, tout en premier, ton amusant commentaire me permet de te féliciter d’avoir été si brillant dans le concours sur Almaterra : waouh ! Je mets volontiers en franchise ma boutique OverCoeur, elle devrait ne s’en porter que mieux et je suis impatient qu’une autre s’ouvre. Je suis trop amusé de ta réaction, merci aussi de m’offrir cette référence à Monsieur Prévert que bien entendu j’ai toujours adoré. Cette nuit, lorsque j’ai participé au défi d’écriture qui a induit mon poème « Echec et pleurs… » je n’ai pas cessé de me demander ce que Robert lui (c’est donc toi) ferait de ce tableau ? J’avoue que je suis convaincu que tu me surprendrai. Je te souhaite un bel après-midi et qu’il soit aussi ensoleillé que le messin ici. Amitiés, Marc.

Chacun de ces trois poèmes est rien que du bonheur à lire, ce que j'avais encore fait dans la matinée.
commentaire n° : 12 posté par : Marc de Metz (site web) le: 16/04/2008 16:04:38
bravo cher ami, pour ces "mots creux"
Moi aussi je ne veux, me boucher les oreilles ou fermer mes yeux..
Et parfois pourtant, j'aurais bien préferé
Ne rien savoir ou bien tout ignorer....
commentaire n° : 13 posté par : k.T (site web) le: 15/04/2008 23:08:08
Que je voudrais avoir cet art poétique de dire ce qui tient tant à cœur. Les mots sont utiles et parfois efficaces, c'est bien pour cela qu'ils sont si souvent interdits et que ce que l'on brule en premier ce sont les livres. Et lorsqu'écrire ne suffit plus, les mots on les crie dans la rue.
commentaire n° : 14 posté par : Fardoise (site web) le: 15/04/2008 19:54:44
Les mots représentent tellement de choses, de sentiments d'émotions...
Bravo a toi pour ses textes
bisous étoilé
commentaire n° : 15 posté par : uneetoile (site web) le: 14/04/2008 23:00:35
En tous cas tes mots me plaisent toujours autant, qu'ils riment ou ne riment pas il disent tous quelque chose et chantent à mon oreille. bisous Robert
commentaire n° : 16 posté par : Pauley (site web) le: 14/04/2008 22:44:57
Pour avoir traîné mes savattes dans le silence et la résiliation, je peux vous dire le bonheur des mots ,le ravissement des poèmes et et leur gravure dans la pierre,les valeurs qu'ils véhiculent lorsqu'ils sont joliement utilisés.je continurai à te lire,ce n'est que du plaisir!
commentaire n° : 17 posté par : nadine (site web) le: 14/04/2008 04:49:33
toujours aussi beaux tes poèmes bonne semaine
commentaire n° : 18 posté par : mamybell (site web) le: 14/04/2008 01:47:30
Il ne faut pas se taire, il faut crier, hurler, rimer, dénoncer, chanter et danser autant qu'on le peut et le levain donnera un bon pain, et je l'aiderai à lever aussi autant que ma levure d'amour et de révolte me tiendra debout!!! Je suis de tout coeur avec toi!!!
commentaire n° : 19 posté par : vasy07 (site web) le: 13/04/2008 20:34:20
 
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