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LES  AMANTS  DERISOIRES

Elle en a connu des amants,
Fantômes d’un jour ou d’un soir
Dont les étreintes sans serment
Avaient le goût du désespoir,
Oubliés sitôt que connus,
Perdus lorsque le jour se lève,
Lorsque se quittent les corps nus
Et que la comédie s’achève.

Combien de rêves morts avant que d’être nés,
De désir sans amour, d’abandons profanés,
De « je t’aime » mendiés, que l’on sait provisoires,
Combien d’humiliations et d’amants dérisoires.

Elle en a connu des amants
Et des amours de lassitude,
Avec l’espoir, l’espoir dément
De rompre enfin la solitude,
Des hommes faits au même moule,
Compagnons d’un furtif voyage,
Anonymes parmi la foule,
Mêmes gestes, mêmes visages,

Combien de rêves morts avant que d’être nés,
De désir sans amour, d’abandons profanés,
De « je t’aime » mendiés, que l’on sait provisoires,
Combien d’humiliations et d’amants dérisoires.

Elle en a connu des amants
Dans sa quête de l’impossible,
Imaginé tant de romans
Et de passions indestructibles,
D’amour fou qu’à deux l’on partage,
Souffles mêlés, corps confondus,
Jusqu’à ce qu’enfin vienne l’âge
Des souvenirs que l’on remue.

Combien de rêves morts avant que d’être nés,
De désir sans amour, d’abandons profanés,
De « je t’aime » mendiés, que l’on sait provisoires,
Combien d’humiliations et d’amants dérisoires.

Elle en a connu des amants,
Avec les ans toujours plus rares,
Le temps inexorablement
Eteint le feu de son regard.
Dans une quête inassouvie,
Elle a cherché fébrilement
Un homme à qui donner sa vie
Et n’a trouvé…que des amants.


************************************************

MONSIEUR  SAUVEUR

Quand il regarde derrièr’ lui
Le chemin parcouru depuis
Qu’il s’activ’ dans la vie active,
Une fierté rétrospective
Allume comme une lueur
Dans l’œil froid de Monsieur Sauveur :
Parti de rien et moins encore,
D’un ghetto dans la banlieue nord,
Entre l’autoroute et la gare,
Entre la dèche et le cafard,
Monsieur Sauveur s’en est sorti,
Il a réussi, comme on dit

La vie, tu sais, c’est comme un jeu,
On fait c’ qu’on peut, pas ce qu’on veut,
On se sert des armes qu’on a,
Tant pis pour ceux qui n’en ont pas

A dix-sept ans Monsieur Sauveur
A dit merde à l’éducateur
Qui malgré tout son bon vouloir
N’avait rien compris à l’histoire.
Il s’est lancé dans la bagarre
Du côté d’ la gare Saint  Lazare,
Vol à la tir’, drogue et racket,
C’était juteux mais pas honnête,
Pas plus que les braquag’ de banques,
Tout ça c’est des plans à la manque.
Alors, comme il plaisait aux dames,
Il s’est fait Roi du macadam.

 La vie, tu sais, c'est comme un jeu,
On fait c'qu'on peut, pas ce qu'on veut,
On se sert des armes qu'on a,
Tant pis pour ceux qui n'en ont pas

Et aujourd’hui Monsieur Sauveur
Qui s’est barricadé le cœur,
Régente un vaste territoire
D’un kilomètre de trottoir.
Mais il ignore que Martine
Qui pour lui depuis peu tapine,
Bien résolue à se venger,
A décidé de le piéger.
C’est pourquoi elle n’a pas dit
Quand un soir il força son lit
Pour une étreinte fugitive
Qu’elle était séropositive.


*******************************************

LEÏLA

Les petits braill’, le pépé pleure,
Il a mouillé son pantalon,
Il est déjà presque huit heures,
Tout le monde est à la maison.
Le pépé braille, les petits pleurent,
Dans la cuisin’ ça sent l’ poisson,
On peut pas fair’ tair’ la marmaille,
Leïla veut apprendr’ ses leçons.
Trop tard, on a besoin d’ la place,
Faut ranger bouquins et cahiers,
Mettre la table sans fair’ de casse,
On entend l’ pèr’ dans l’escalier.

Et tu te tais, Leïla,
Et même tu souris,
Pour pas pleurer, Leïla,
C’est comm’ ça, c’est écrit.

Leïla, c’est quand même un peu fort,
Constat’ le prof  le lendemain,
Si tu n’ fais pas un gros effort,
Tu vas rater tes examens.
Répondre, ça ne sert à rien,
Le prof, il ne peut pas savoir
Qu’à la maison elle aim’rait bien
Avoir un coin pour ses devoirs.
Ses petits frères, sûr qu’ell’ les aime,
Mais s’ils pouvaient crier moins fort,
Quand elle’ s’attaque aux théorèmes
De Thalès ou de Pythagore.

Et tu te tais, Leïla,
Et même tu souris,
Pour pas pleurer, Leïla,
C’est comm’ ça, c’est écrit.

Les moteurs gueul’, le chef aussi,
Ca sent le cambouis dans l’usine,
Encor’ une heure avant midi,
Avant d’aller à la cantine.
Leïla, comment t’es arrivée
Devant cett’ machin’ qui t’ bousille ?
C’est pas ce que t’avais rêvé,
Quand tu étais un’ petit’ fille.
Mais la vie, c’est comm’ le loto :
Quand ta mèr’ t’a donné naissance,
T’avais pas les bons numéros ;
C’est ça, l’égalité des chances.

Et tu te tais, Leïla,
Et même tu souris,
Pour pas pleurer, Leïla,
C’est comm’ ça, c’est écrit.

 






publié dans : Textes pour Chansons-PORTRAIT- communauté : La poésie qui chante commentaires (22)    recommander
Dimanche 4 mai 2008
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Commentaires

Ces tranches de vie sont tellement bien racontées, du mac à leïla.
Toujours magnifiques tes écrits.
commentaire n° : 1 posté par : zazou (site web) le: 18/05/2008 10:31:43
"Monsieur Sauveur"... Je le trouve incroyable celui-là... J'aimerais pouvoir être capable d'écrire un poème pareil un jour... Je ne trouve pas les mots pour dire à quel point ce poème m'a touché...

Merci pour ce merveilleux partage d'émotions...

Amitié...

Peter Pan...
commentaire n° : 2 posté par : Peter Pan (site web) le: 14/05/2008 19:33:13
Quel beaux portrait encore, celui de Leïla m'a le plus attiré...Bisous à toi Robert. A très vite
commentaire n° : 3 posté par : Pauley (site web) le: 11/05/2008 23:19:02
Un ti coucou et des :0010
commentaire n° : 4 posté par : mamybell (site web) le: 11/05/2008 17:52:21
Ce Monsieur sauveur est boulversant par la force de ses mots, par les blessures que ce texte renferme, il y a tant et tant de vie "déglinguée" mais malheureusement ignorée, afin de ne pas gêner notre cher SOCIETE !!! Bonne journée. Amitiés
commentaire n° : 5 posté par : Harmonia (site web) le: 10/05/2008 13:34:37
Le premier est tout simplement magnifique... et personnellement si réel ! Merci de ce doux moment quand bien même il s'avère quelque peu douloureux...

Bon et sinon, on se le bouffe quand ce vieillard ? non parce que moi, les couilles de taureau... d'ailleurs je te laisse aussi celles du vieillard tiens !! ( rires)
commentaire n° : 6 posté par : Titeplume le: 09/05/2008 23:53:17
bon weekend
commentaire n° : 7 posté par : mamybell (site web) le: 09/05/2008 20:38:41
IL est parmi de vrais bonheurs celui de lire de très belles écritures. Merci ami Robert des tiennes toujours empreintes de tant d'amour des personnes qui font cette vie autour de nous. J'aime te lire et te lire est du plaisir toujours renouvelé... Amitiés de Metz, là en habits de Provence. @ bientôt, Marc
commentaire n° : 8 posté par : Marc de Metz (site web) le: 09/05/2008 15:37:17
J'aime l'ironie de l'histoire de Mr Sauveur qui trop confiant,n'aura finalement pas le dernier mot sur la vie.
Le portrait de Leila est touchant et montre une fois encore que lorsqu'on n'est pas né au bon endroit,le parcours est bien plus difficile et que la volonté seule ne suffit pas toujours pour s'en sortir.

Amitiés
commentaire n° : 9 posté par : Constance (site web) le: 09/05/2008 14:16:02
Une pause d'un mois et je reviens cahin-caha!Bravo pour cette galerie de portraits, je l'ai vraiment lue avec plaisir, en plus on sent la musique et le rythme!
commentaire n° : 10 posté par : Mélisande (site web) le: 09/05/2008 10:34:57
Merci de ta visite et de ton commentaire. Je viens de lire Leïla. Ta poésie m'a beaucoup touché. Il doit y avoir de nombreuses Leïla...La vie est injuste, des vies brisées de n'avoir pu réaliser des rêves cachés, il doit y en avoir de nombreuses (malheureusement!) Amicalement
commentaire n° : 11 posté par : Harmonia (site web) le: 08/05/2008 13:30:04
Superbe! J'adore celui de Leïla pleine de dignité!
commentaire n° : 12 posté par : vasy07 (site web) le: 08/05/2008 11:03:32
Sur un air à la Brassens, la première ? Je me la suis chantonner sur la chanson pour l'auvergant, ça passe impec !
commentaire n° : 13 posté par : seb (site web) le: 07/05/2008 20:16:31
Magnifique Robert
bisosu étoilés
commentaire n° : 14 posté par : uneétoile (site web) le: 06/05/2008 22:42:18
beaucoup de tendresse dans ces poèmes mais pourquoi tant de fatalisme...ce qui est écrit parfois peut s'effacer et laisser place à l'espoir...rien n'est jamais tout à fait gagné ou perdu à l'avance
commentaire n° : 15 posté par : gazou (site web) le: 06/05/2008 05:27:00
Allez, Robert, un bon Cassoulet, un câlin et on oublie tout ça....Héhé je rigole, merci pour tes commentaires sur mon blog.....
commentaire n° : 16 posté par : k.T (site web) le: 05/05/2008 21:16:43
J'ai envie de mettre une musique de Brel sur le premier texte: je la vois, je l'entends, je la plains cette femme déçue qui a misé toute sa vie sur la quête dérisoire de l'amour et Leïla m'émeut aux larmes! elles sont si nombreuses de part le monde ces petites fille sacrifiée qui voient leurs espoirs assassinés sans remords!
continue à nous émouvoir et merci de ton passage
commentaire n° : 17 posté par : Azalaïs (site web) le: 05/05/2008 20:06:20
quels beaux vers!comme toujours! et
commentaire n° : 18 posté par : mamybell (site web) le: 05/05/2008 18:25:44
Quelle magnifique poésie "les amants dérisoires", c'est joliment écrit, si bien d'ailleurs que l'on pourrait l'interpréter en chanson, elle est superbe.

Je reviendrais lire les deux autres car ces vers sont si beaux qu'il faut prendre le temps de les lire.

Bisous et bonne soirée. Bien cordialement.
commentaire n° : 19 posté par : Monicalisa (site web) le: 05/05/2008 17:45:55
Tu as raison, Nadine, les parents doivent tout faire pour assurer l'avenir de leurs enfants. Mais, de par le monde, des centaines de millions d'êtres humains ne sont pas en mesure de le faire.
Même chez nous, dans notre belle France, où les mots "liberté, égalité, fraternité" sont gravés dans la pierre.
commentaire n° : 20 posté par : Robert (site web) le: 05/05/2008 10:53:06
J'ai adoré les amants dérisoires et la petite Leile... combien de petites Léila sacrifiées ?
C'est vraiment toujours un plaisir de venir te lire Robert ;-)
commentaire n° : 21 posté par : pandora (site web) le: 05/05/2008 10:21:33
beaucoup de tristesse, c'est ce que je ressens, et pourtant, nous sommes nombreux à ne pas pouvoir assouvir nos rêves et désirs d'enfants à cause du "pas de chance".Notre devoir de parents est de donner le maximum de possibilitées à nos enfants pour que leur avenir ne soit pas que "regrets", mais bonheur dans l'acomplisement de ce pourquoi, ils sont nés.
commentaire n° : 22 posté par : nadine (site web) le: 04/05/2008 23:11:56
 
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