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LES  AMANTS  DERISOIRES

Elle en a connu des amants,
Fantômes d’un jour ou d’un soir
Dont les étreintes sans serment
Avaient le goût du désespoir,
Oubliés sitôt que connus,
Perdus lorsque le jour se lève,
Lorsque se quittent les corps nus
Et que la comédie s’achève.

Combien de rêves morts avant que d’être nés,
De désir sans amour, d’abandons profanés,
De « je t’aime » mendiés, que l’on sait provisoires,
Combien d’humiliations et d’amants dérisoires.

Elle en a connu des amants
Et des amours de lassitude,
Avec l’espoir, l’espoir dément
De rompre enfin la solitude,
Des hommes faits au même moule,
Compagnons d’un furtif voyage,
Anonymes parmi la foule,
Mêmes gestes, mêmes visages,

Combien de rêves morts avant que d’être nés,
De désir sans amour, d’abandons profanés,
De « je t’aime » mendiés, que l’on sait provisoires,
Combien d’humiliations et d’amants dérisoires.

Elle en a connu des amants
Dans sa quête de l’impossible,
Imaginé tant de romans
Et de passions indestructibles,
D’amour fou qu’à deux l’on partage,
Souffles mêlés, corps confondus,
Jusqu’à ce qu’enfin vienne l’âge
Des souvenirs que l’on remue.

Combien de rêves morts avant que d’être nés,
De désir sans amour, d’abandons profanés,
De « je t’aime » mendiés, que l’on sait provisoires,
Combien d’humiliations et d’amants dérisoires.

Elle en a connu des amants,
Avec les ans toujours plus rares,
Le temps inexorablement
Eteint le feu de son regard.
Dans une quête inassouvie,
Elle a cherché fébrilement
Un homme à qui donner sa vie
Et n’a trouvé…que des amants.


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MONSIEUR  SAUVEUR

Quand il regarde derrièr’ lui
Le chemin parcouru depuis
Qu’il s’activ’ dans la vie active,
Une fierté rétrospective
Allume comme une lueur
Dans l’œil froid de Monsieur Sauveur :
Parti de rien et moins encore,
D’un ghetto dans la banlieue nord,
Entre l’autoroute et la gare,
Entre la dèche et le cafard,
Monsieur Sauveur s’en est sorti,
Il a réussi, comme on dit

La vie, tu sais, c’est comme un jeu,
On fait c’ qu’on peut, pas ce qu’on veut,
On se sert des armes qu’on a,
Tant pis pour ceux qui n’en ont pas

A dix-sept ans Monsieur Sauveur
A dit merde à l’éducateur
Qui malgré tout son bon vouloir
N’avait rien compris à l’histoire.
Il s’est lancé dans la bagarre
Du côté d’ la gare Saint  Lazare,
Vol à la tir’, drogue et racket,
C’était juteux mais pas honnête,
Pas plus que les braquag’ de banques,
Tout ça c’est des plans à la manque.
Alors, comme il plaisait aux dames,
Il s’est fait Roi du macadam.

 La vie, tu sais, c'est comme un jeu,
On fait c'qu'on peut, pas ce qu'on veut,
On se sert des armes qu'on a,
Tant pis pour ceux qui n'en ont pas

Et aujourd’hui Monsieur Sauveur
Qui s’est barricadé le cœur,
Régente un vaste territoire
D’un kilomètre de trottoir.
Mais il ignore que Martine
Qui pour lui depuis peu tapine,
Bien résolue à se venger,
A décidé de le piéger.
C’est pourquoi elle n’a pas dit
Quand un soir il força son lit
Pour une étreinte fugitive
Qu’elle était séropositive.


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LEÏLA

Les petits braill’, le pépé pleure,
Il a mouillé son pantalon,
Il est déjà presque huit heures,
Tout le monde est à la maison.
Le pépé braille, les petits pleurent,
Dans la cuisin’ ça sent l’ poisson,
On peut pas fair’ tair’ la marmaille,
Leïla veut apprendr’ ses leçons.
Trop tard, on a besoin d’ la place,
Faut ranger bouquins et cahiers,
Mettre la table sans fair’ de casse,
On entend l’ pèr’ dans l’escalier.

Et tu te tais, Leïla,
Et même tu souris,
Pour pas pleurer, Leïla,
C’est comm’ ça, c’est écrit.

Leïla, c’est quand même un peu fort,
Constat’ le prof  le lendemain,
Si tu n’ fais pas un gros effort,
Tu vas rater tes examens.
Répondre, ça ne sert à rien,
Le prof, il ne peut pas savoir
Qu’à la maison elle aim’rait bien
Avoir un coin pour ses devoirs.
Ses petits frères, sûr qu’ell’ les aime,
Mais s’ils pouvaient crier moins fort,
Quand elle’ s’attaque aux théorèmes
De Thalès ou de Pythagore.

Et tu te tais, Leïla,
Et même tu souris,
Pour pas pleurer, Leïla,
C’est comm’ ça, c’est écrit.

Les moteurs gueul’, le chef aussi,
Ca sent le cambouis dans l’usine,
Encor’ une heure avant midi,
Avant d’aller à la cantine.
Leïla, comment t’es arrivée
Devant cett’ machin’ qui t’ bousille ?
C’est pas ce que t’avais rêvé,
Quand tu étais un’ petit’ fille.
Mais la vie, c’est comm’ le loto :
Quand ta mèr’ t’a donné naissance,
T’avais pas les bons numéros ;
C’est ça, l’égalité des chances.

Et tu te tais, Leïla,
Et même tu souris,
Pour pas pleurer, Leïla,
C’est comm’ ça, c’est écrit.

 






publié dans : Textes pour Chansons-PORTRAIT- communauté : La poésie qui chante commentaires (22)    recommander
Dimanche 4 mai 2008
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